Février 2016

 

L’anxiété et les interrogations sont en février monnaie courante chez les apiculteurs ; particulièrement cette année puisque l’élevage s’est prolongé jusque fin décembre favorisant ainsi le développement de la population de varroa, entrainant aussi une surconsommation extrêmement importante.

La fraicheur et les périodes de gelées normalement si courantes au mois de février se font largement désirer en ce début d’année 2016, il ne faut pas s’en réjouir et nous devrions plutôt fortement s’en inquiéter. En effet, les abeilles restent actives et consomment leur provision à un rythme effréné, les ruches les plus fortes à l’automne sont les plus exposées aujourd’hui. Il est impératif de renouveler le nourrissement, de nouveaux pains de candi aideront les abeilles à subvenir à leur besoin tant que la nature n’est pas capable de le faire. Mais cette dernière est en avance : à l’heure où j’écris ces lignes (28.01.2016) les amandiers sont déjà en fleurs à Nîmes, soit presque quatre semaines d’avance ! Cependant les gelées tardives sont à craindre, elles seraient tout aussi préjudiciable à la production d’amande qu’aux abeilles qui perdraient une importante ressource.

En février place aux incertitudes et à la vulnérabilité.

Que se passe-t-il dans la ruche ?

Tout comme en janvier l’activité de la colonie dépend complètement de la température extérieure, avec quelques journées à plus de 10 degrés la grappe se dissocie et les abeilles en profitent pour effectuer leur vol de propreté ; quant à la reine, elle a surement repris doucement sa ponte.

La consommation du miel et du pollen stockés augmentant sensiblement, la demande en eau s’intensifie. En effet le miel stocké demande parfois à être dissous pour être consommé et la confection de la bouillie larvaire à partir du pollen requière d’importante quantité d’eau. Au départ c’est l’eau de liquéfaction (nommée à tort condensation) qui est recyclée dans la ruche et lorsque celle-ci vient à manquer les pourvoyeuses d’eau sont envoyées à l’extérieur.  Elles y risquent leur vie, les 25mg d’eau pompée étant parfois tellement glacés que les abeilles ne redécollent pas. Nous verrons quel est alors rôle de l’apiculteur.

Le pain de candi posé sur le trou de nourrissement est aussi un excellent indicateur de l’état de santé d’une colonie. En effet si les abeilles le consomment de manière :

  • régulière et bien circulaire alors la reine, une jeune, est en pleine forme.
  • Irrégulière, non circulaire, reine de moindre ou mauvaise qualité. Cela ne présage rien de bon pour la saison à venir, la ponte est faible. Il faudrait la changer.
  • si la consommation est nulle, la ruche est probablement orpheline. Il faudra ouvrir lorsque le temps le permettra pour confirmer ces suppositions et renouveller, le cas échéant, la reine.

 


L’hivernage s’est-il bien passé ?

Il ne faut pas abandonner ses ruches au cours de l’hiver mais plutôt leur rendre visite en étant un fin observateur. Quelles traces ont été laissées dans la neige ou dans le sol meuble autour des ruches ? A qui appartiennent-elles ? Les ruches ont-elles souffert les attaques d’un pivert, un rongeur tente-t-il de s’y glisser au chaud ?  Notre fréquente présence éloignera ces intrus qui entraineraient la mort de la colonie s’ils parvenaient à leur fin.

 

Lors de nos visites il faudra observer méticuleusement la planche d’envol et ses alentours immédiats.

  • Si elle est sèche et sans déchets alors tout va pour le mieux.
Planche d'envol assez propre
                      Planche d'envol plutôt propre, petits déchets sortis par les abeilles sur la droite

 

  • S’il y a des déjections sur la planche d’envol c’est probablement un signe de dysenterie. Ce n’est pas une réelle maladie, c’est un état passager dû à une nourriture hivernale impropre ou contenant trop de miellat. Cet état est aussi provoqué par des conditions météo empêchant les abeilles de sortir ou par un stress intense tel que la mort de la reine. Attention à ne pas la confondre avec la Nosémose, cette maladie très grave entraine aussi des déjections très liquides sur la planche d’envol mais les abeilles désertent en plus leur ruche en rampant et se laisse mourir à l’entrée. Aussi longtemps que la température ne le permet pas on ne peut effectuer d’autres vérifications. Il peut être utile de nourrir pendant une dizaine de jours avec un sirop 50/50 contenant du vinaigre de cidre pour améliorer le transit intestinal des abeilles.
  • Des morceaux de bois ou de cire sont retenus dans la porte d’entrée, des abeilles y sont mortes et plus ou moins dévorées, il y a très certainement un intrus à l’intérieur (musaraigne). On intervient au plus vite !
  • Si le trou de vol est encombré par des cadavres en trop grand nombre ils empêchent une bonne circulation de l’air, on les retire.
  • De même avec la glace, rien ne doit empêcher la colonie de respirer.

Le vol de propreté

La température franchit à peine les 10 degrés que l’on se précipite au rucher pour vérifier l’état de ses colonies. Les abeilles sortent-elles faire leur vol de propreté ? Oui ! Quel soulagement. On les observe alors s’élever et s’éloigner du rucher pour aller vider leur ampoule rectale gonflée par une longue claustration. Certaines d’entre elles s’élèvent en effectuant de nombreux cercles devant leur ruche, ce sont les premières abeilles nées en 2016 qui font leur vol de reconnaissance.

 

On observe alors les rentrées de pollen :

  • les butineuses rapportent de grosse pelotes, tout vas bien l’élevage a commencé.
Trois abeilles rentrant de grosses pelotes jaunes de pollen
                                                                                          Ouvrières rentrant avec de belles pelotes de pollen
  • Pas de rentrée de pollen ou uniquement de petites pelotes, colonie à surveiller elle est peut-être orpheline.

 

Il nous est arrivé plusieurs fois d’avoir une ou deux ruches ne montrant aucun signe de vie extérieur tandis que les autres étaient en pleine effervescence. Pour autant, en soulevant la petite planche masquant le trou du couvre cadre nous avons souvent constaté que les colonies étaient en vie ; il faut étudier le comportement des abeilles :

  • Vivantes mais complètement amorphes : nourrir d’urgence en versant un sirop 50/50 et légèrement tiède sur les abeilles. Réduire le volume de la ruche au strict minimum et nourrir avec un cadre de miel collé aux abeilles si possibles. Suivre attentivement l’évolution, redonner du sirop et ce jusqu’à ce que la colonie retrouve sa vigueur.
  • En vie mais peu active : on pose un nourrisseur avec du sirop en incitant les abeilles à y monter.
  • En vie et active : on n’intervient pas, la température n’était pas suffisamment élevée pour elles.

 

Il arrive aussi qu’à l’ouverture il soit déjà trop tard pour la colonie, elle est morte pour une raison ou une autre que l’on déterminera pour observation des cadres. Il faut avant tout évacuer de suite la ruche pour prévenir tous risques de pillage et de transmission d’éventuelles maladies.

Colonie morte, quelques abeilles mortes sur un cadre
                               La colonie était trop faible, c'est a peu près tout ce qu'on a retrouvé comme abeilles mortes.

 

Une ruche complètement atteinte par la fausse teigne est détruite par le feu.
                  Destruction par le feu d'une ruche totalement atteinte par la fausse teigne.

Quel est le rôle de l'apiculteur ?

Si l’apiculteur souhaite réorganiser son rucher il pourra profiter du mois de février pour le faire. La claustration prolongée des abeilles leur fait perdre leur sens de l’orientation, le déplacement de la ruche ne leur sera donc pas préjudiciable. Elles prendront de nouveau repère lors de leur sortie pour le vol de propreté. On évitera quand même tout mouvement brusque qui disloquerait la grappe au cours du transport.

Réorganisation du rucher
                                                    Rucher réorganisé et prêt à accueillir de nouvelles colonies

 

Comme je l’ai rappelé plus haut, l’eau est une ressource très précieuse pour les abeilles et cette corvée est périlleuse. L’apiculteur se doit, début février, d’améliorer l’accès de ses abeilles aux ressources d’eau. L’idéal serait que celles-ci soient stagnantes et réchauffées. De plus, les eaux acides et enrichies en minéraux sont privilégiées, tout comme l’est l’eau des ruisseaux et autres marres par rapport à celle du robinet. Il faut donc installer des abreuvoirs dans un rayon de 30m, non dans la trajectoire suivie par les abeilles pour éviter toute souillure par les excréments. Ceux-ci doivent permettre aux abeilles de s’abreuver en toute quiétude : protégés des vents dominants, facilitant l’atterrissage et évitant les noyades. Pour faciliter l’amorçage on peut « tartiner » une cuillère de miel en début de matinée.

Il est très important d’éviter tout assèchement de l’abreuvoir, les abeilles le délaisseraient pour ne plus jamais y revenir. L’idéal est un lit de caillou avec un goute à goute mais un abreuvoir à volailles avec quelques cailloux pour éviter les noyades fait très bien l’affaire.

 

L’apiculteur continuera de préparer la saison 2016 en tenant ses ruchettes prêtent pour les premiers essaims ; en vérifiant qu’il ait suffisamment de cadres de corps pour en renouveler au moins 3 par ruches ; qu’il ne lui manque pas de cadre de hausse ; que ses grilles à reine soient propres. Ce peut être la bonne période pour se confectionner des couvre cadres en plexiglas, ils sont tellement pratiques, en 30 secondes, sans fumée ni protection on évalue le développement d’une colonie.

 

En espérant que vous trouverez toutes vos colonies en vie, je vous dis au mois prochain !