Mars 2016 & la visite de printemps

Retour des beaux jours et visite de printemps

                En mars l’hiver cède doucement sa place au printemps mais il ne faut pas oublier que c’est aussi le mois où les variations de températures sont les plus marquées. Du jour au lendemain on peut facilement avoir 10 degrés d’écart à la hausse ou à la baisse. Le temps reste lui aussi très incertain, chute de neige, vent glacial, journée ensoleillée se succèdent. Néanmoins l’allongement des jours donne le coup d’envoi à la nature comme le montrent depuis plusieurs semaines les arbres couverts de fleurs.

Les abeilles volent de nouveau, tant mieux !!

                Le soleil ayant suffisamment réchauffé l’air extérieur on s’empresse d’aller faire un tour sur notre rucher pour partager avec nos abeilles la joie de retrouver le soleil après une longue claustration. On commence par observer l’ensemble du rucher au niveau des planches d’envol. L’activité y est-elle normale ? Les rentrées de pollen sont-elles importantes ? Cela nous permet d’orienter rapidement nos futures interventions en ciblant en premier les ruches à problèmes.

Les deux apiculteurs observant les planches d'envol de trois essaims hivernés
                  Les essaims ont très bien passé l'hiver, l'activité est intense sur la planche d'envol

 

J’ai envie d’ouvrir mes ruches pour vérifier que tout se passe bien pour mes protégées

                Tant que la température extérieure (à l’ombre) n’a pas atteint les 15°C vous vous abstiendrez d’ouvrir vos ruches ! La colonie affaiblit pourrait ne pas s’en remettre, surtout s’il fait froid la nuit et le jour suivant. Votre rôle n’est pas de dicter une marche à suivre mais bien d’accompagner et protéger vos colonies. En cas de force majeure (une activité inexistante au trou de vol) il faudra quand même l'ouvrir pour découvrir la cause du problème. En attendant des jours meilleurs il est possible de se faire une idée en observant :

  • La colonie à travers le couvre cadre si celui-ci est transparent. Une colonie doit occuper au moins 5 cadres début mars, dans le cas contraire il faudra la surveiller attentivement.
  • Le lange placé sous le plateau grillagé fournit de nombreux renseignement :
  1. La couleur des déchets trahira l’âge des cadres
  2. La présence d’œufs perdus par la reine, confirment la reprise de l’élevage
  3. La présence de varroa clair pour les jeunes et foncé pour les anciens
  4. Des écailles de cire fraîche, blanches et limite transparentes indiquent que les cirières travaillent
  5. Des cristaux blancs, signe d’une nourriture qui a cristallisée.
  • La planche d’envol :
Les abeilles rentrant chargées de grosses pelotes bien jaunes de pollen
                                       L'essaim est en pleine forme ! Les abeilles rentrent par dizaine chargées de grosses pelotes de pollen

 

  1. Les butineuses reviennent nombreuses et chargées de grosse pelotes de pollen, la planche d’envol est propre alors tout va bien.
  2. Si l’activité est forte mais qu’il n’y a aucune rentrée de pollen il faut observer plus précisément la planche d’envol. Si elle est grasse et comporte des débris de cires alors cette ruche est pillée. Il ne faut pas hésiter à l’ouvrir, aller secouer plus loin les cadres contenant quelques abeilles et éliminer cette ruche au risque que le pillage se propage dans les ruches voisines.
  3. Les rentrées de pollen sont faibles, les pelotes petites : l’hivernage ne s’est pas bien déroulé, elle est peut-être orpheline. Il faudra s’en assurer lors de la visite de printemps.
  4. Les abeilles sont hésitantes sur la planche, les vols irréguliers, une abeille rentre de temps en temps du pollen. Si de plus on voit, à travers le couvre cadre, les abeilles « courir » dans tous les sens alors cette colonie est surement orpheline voire déjà bourdonneuse. Il faut la visiter au plus vite pour voir ce qu’il est possible de récupérer.
  5. Si en observant les cadres on s’aperçoit que les œufs sont encore disposés de manière régulière alors la veille reine est encore présente ; il faut la trouver et l’éliminer. Les abeilles peuvent être récupérées pour renforcer une autre colonie. On enfume fortement la ruche pour forcer les abeilles à se gaver de miel, on retire tous les cadres sauf un sur lequel les abeilles vont se rassembler. Le soir venu, on pose une feuille de journal sur le corps de la ruche réceptrice choisie, un corps de ruche par-dessus et on introduit notre cadre d’abeilles orphelines. Elles seront imprégnées de l’odeur de la ruche réceptrice et rejoindront leurs sœurs le jour suivant.
  6. S’il y a des œufs un peu de partout, qu’une cellule en contient plusieurs, ou que certaines soient bombés alors la colonie est bourdonneuse. Les abeilles se sont mises à pondre à la place de la reine. La colonie est irrécupérable. On la déplace à une bonne centaine de mètres, on enfume fortement et on brosse toutes les abeilles dans la nature. Celles ne s’étant pas mis à pondre iront négocier leur acceptation dans une autre colonie.
  • S’il n’y a aucune activité, on ouvre de suite. La faim et la faiblesse se traduisent par une petite quantité d’abeilles mortes au-dessus du couvain qu’elles protégeaient. Si la ruche est entièrement vide de ses occupantes alors qu’il reste des provisions, c’est surement le varroa qui aura eu le dessus pendant l’hivers.
Ruche morte de faiblesse, une petite quantité d'abeille est présente
                                                                      Typiquement le cas d'une ruche morte de faiblesse

 

Parfois les abeilles frémissent encore légèrement à l’ouverture, il ne faut pas hésiter à verser directement sur elles un sirop de stimulation tiède. Il faut réduire le volume de la ruche au strict minimum en mettant une partition, nourrir avec un cadre de miel accolé à la grappe ou avec un pot de miel cristallisé et posé sur le trou de nourrissement.

Que faire en attendant la visite de printemps ?

                On peut procéder au nettoyage des plateaux. La température dépasse les 12°C, on se rend au rucher avec des plateaux propres et désinfectés, l’outillage approprié pour séparer les plateaux des corps, une lampe à souder et une solution d’eau de javel bien concentrée (porter des gants).

On commence par enfumer la ruche. Deux minutes plus tard on décolle le corps du plancher, on le pose sur le côté, le plateau est remplacé par un propre sur lequel on vient refixer le corps. On s’éloigne un peu du rucher pour observer l’ancien plateau, il contient de nombreuses informations sur la colonie. Les rangées de débris de cire correspondent au nombre de cadres visités par les abeilles à la recherche de nourriture. La consommation du miel a entrainé la formation d’eau sur les parois froides ce qui peut provoquer des moisissures et laisser des traces boueuses. Pour éviter ceci il est préférable d’utiliser des plateaux totalement aérés. Si de nombreuses abeilles sont mortes et qu’une odeur nauséabonde se dégage il faut consulter un spécialiste apicole.

Enfin si le plateau doit être réutilisé immédiatement, il faut le gratter, le brosser et le passer la flamme de la lamper à souder ou à l’eau de javel pour ceux en plastique.

 

La visite de printemps

                La température avoisine enfin les 15°C depuis quelques jours, il est grand temps d’effectuer cette opération capitale au démarrage de la saison apicole.

  1. Elle va nous permettre de vérifier la quantité des provisions encore disponibles. 8 à 10 kg doivent être présent au minimum, soit l’équivalent de 3 à cadres de corps. Dès lors que les cerisiers sont en fleurs on peut être rassuré.
  2. Vérifier la qualité du couvain : il doit être régulier, ne pas comporter trop de trou, les cellules doivent être bombées vers l’extérieur, les œufs seuls et centrés au fond des cellules.
  3. S’assurer de l’état sanitaire optimal de nos colonies en changeant les cadres les plus anciens et les moisis (au moins 3). Voici un exemple avec décalage sur la droite, on peut faire la même chose à gauche.
Procédure de changement des cadres au printemps
                                                                                                                 Schéma explicatif pour le renouvellement des cadres

Comment procéder à la visite ?

                On le redit encore une fois mais il faut attendre que le thermomètre franchisse les 15°C et ce sur quelques jours, on préfèrera une journée sans vent.

Bien préparer le matériel nécessaire : plateaux propres et désinfectés, cadres neufs, enfumoir bien chargé avec de quoi le recharger, lampe à souder, brosse, scotch, lève cadre, etc.

Deux minutes avant l’ouverture on enfume le trou de vol, puis on décolle de couvre cadre en enfumant légèrement. Commencer par retirer les cadres de rives qui sont à changer. Dans ma configuration (cf. schéma du changement des cadres) je commencerai à examiner en premier les cadres de droite avant de les reposer décalés de deux crans vers la droite. Les cadres de couvains sont attentivement mais rapidement examiner pour éviter que le couvain ne soit trop refroidi. Prendre garde à ne pas coller un cadre de couvain contre la paroi de la ruche, la température y est beaucoup plus basse, les provisions ne sont pas juste à côté et les abeilles s’en occuperaient moins bien. Prendre des notes sur vos observations : la qualité du couvain, la taille de la grappe, la quantité de miel et de pollen, les éventuelles partitions, etc.

Il est judicieux de remplacer le couvre cadre en bois par une plaque en plexiglas ou tout autre matériaux transparents. Cela permet de suivre aussi fréquemment que voulu le développement de la colonie et de poser les hausses au moment opportun. Ce moment est difficile à apprécier, nous y reviendrons le mois prochain mais on peut déjà dire que les hausses doivent être posées avant que ne blanchisse le dessus des cadres.

Couvre cadre en plastique avec vu à l'intérieur de la ruche
                                                                Le dessus des cadres commence légèrement à blanchir

 

Bonne chance pour vos visites et rendez-vous le mois prochain pour poser les hausses.